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Mord où ça fait mal

Sexe, mensonges et cinéma : la face cachée d’Hollywood

CHRONIQUE / "LES OGRES D'HOLLYWOOD" - Partie 1

(Article précédent : "Les Ogres d'Hollywood : introduction")

Sexe, mensonges et vidéo : le début de la magie « Miramax »

En mai 1989, un film à budget modeste, écrit en une semaine et tourné en 30 jours par un jeune réalisateur inconnu, remporte la Palme d’Or à Cannes.

Derrière ce coup de baguette magique, une petite société de production indépendante née dix ans plus tôt : Miramax.

Sexe, mensonges et vidéo, troisième film distribué par la société, inaugure l’ascension fulgurante de ses fondateurs : les frères Weinstein.

Année après année, Miramax enchaîne les succès, tels que :

  • - Reservoir Dogs (1992) : grand prix du jury au festival du film de Sundance.
  • - Pulp Fiction (1994) : Palme d’or au festival de Cannes.
  • - Le Patient anglais (1996) : 7 nominations dont 2 victorieuses aux Golden Globes et 9 Academy Awards.
  • - Will Hunting (1997) : un Golden Globe et 2 Academy Awards.
  • - Shakespeare in love (1998) : 6 Oscars.
  • - Kill Bill (2003) : multiples prix, dont celui de la meilleure actrice aux Golden Globes.

Miramax fait surgir récompenses et succès du cinéma dit « indépendant » comme autant de foulards d’un chapeau.

Et c’est sans compter les réussites de sa filiale Dimension Films, productrice d’Hellraiser, des Scary Movie et de The Crow.

 

En 2005, les frères quittent leur société, entre temps rachetée par Disney, et créent The Weinstein Company (TWC).

Et les prodiges s’enchaînent, encore, du Discours d’un roi à The Artist.

Il faut dire que les « indé » Harvey et Bob, désormais associés au producteur tunisien Tarak Ben Ammar, ont l’appui de quelques mastodontes :

  • Leur partenaire de distribution : la puissante Metro-Goldwyn-Meyer (MGM).

  • Leurs financeurs : aux côtés de TF1, LVMH et Technicolor, la non moins puissante Goldman-Sachs.

 

Et côté face du duo fraternel – plateaux télé, relations publiques, entrevues privées – le même enchanteur apparaît toujours : Harvey Weinstein.

Enchanteur uniquement ? Escamoteur, aussi, peut-être.

Harvey le souriant aurait, comme le dieu Janus, une face sombre.

Pressions, agressions, harcèlements : depuis longtemps, des rumeurs circulent, que de multiples arrangements financiers et l’omerta de l'industrie cinématographique et au-delà, médiatique, étouffent.

En octobre 2017, crevant le silence, un double coup de tonnerre retentit :

  • D’abord, un article d’investigation du New York Times, qui donne la parole aux victimes présumées d’Harvey Weinstein.

  • Puis 5 jours après, un second article, écrit par Ronan Farrow, dans le New Yorker.

Weinstein dément. Une enquête s’ouvre. D’autres suivent.

Les femmes parlent, par dizaines. Elles seraient 94 à ce jour, et peut-être plus : harcelées, provoquées, agressées, humiliées – parfois violées, révèlent certaines d'entre elles - par Weinstein.

Les Oscars, ces honneurs qui semblaient sortir comme comme une guirlande de silhouettes jaunes du chapeau d’Harvey le magicien, le tiennent désormais à distance.

Pire : sa propre société le licencie.

Assiste-t-on, ici, au générique de fin du triomphe d'Harvey aux mains d'argent, comme ses détracteurs le surnomment ?

Est-ce aussi le générique de fin des abus de toutes sortes, à Hollywood ?

La parole, par le biais de cette affaire, est-elle libérée, totalement ? Et depuis combien de temps le silence dure-t-il - au-delà même de l'affaire Weinstein ?

Voici plusieurs questions qu'on peut se poser, aujourd'hui, en décembre 2018 - soit plus d'un an après le début du scandale. La première de toutes, cependant - qui fait encore le sujet de nombres de talk-shows et de documentaires, est celle-ci :

Comment un homme aussi connu a-t-il, durant quasiment 40 ans, abusé, intimidé et harcelé un si grand nombre de femmes - dont plusieurs sont aussi connues que lui - sans que personne ne parle ni ne réagisse ?

Qui savait ? Qui le couvrait ? Qui l'aidait ?

Et d'abord :

Qui est Harvey Weinstein ?

Son portrait, dans l'article à suivre.


(Article suivant : "Il était une fois l'Ogre : Harvey Weinstein")

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